Jean Borella: VIA MÍSTICA
Ainsi Origène, en grec ou dans le latin de son traducteur Rufin, parle de « raison mystique », d'« interprétation mystique », d'« intelligence mystique », évoquant les « secrets » (arcana) de l'Écriture qu'on ne peut pénétrer qu'à condition de s'« élever du texte de l'histoire au sens mystique et allégorique de l'intelligence spirituelle » (v. Sentidos da Escritura). De même l'adverbe mystikôs (mystiquement) pourrait souvent être rendu par des tournures telles que « sous des symboles chargés de mystères », ou « avec l'intention d'exprimer des mystères » ; d'une manière générale, c'est le sens des expressions « nommer, dire, enseigner, crier, comprendre, prophétiser mystiquement». Il arrive sans doute que les choses secrètes dont parle l'Écriture, celles dont l'Apôtre Jean eut la révélation quand il reposait sur le coeur de Jésus, soient elles-mêmes désignées comme « les réalités mystiques » (ta mystika) ou « plus mystiques » (mystikôtera) (In Joannem). Mais en somme il semble bien que, chez Origène, l'adjectif mystikos et l'adverbe correspondant qualifient un mode de connaissance plutôt que les réalités que vise cette connaissance.